Première de couverture Asdiwal 10

Asdiwal 10 (2015)

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Christophe Lemardelé
Force et apories d’une théorie : l’anthropologie générale de René Girard

MOTS-CLÉS : anthropologie ; sacrifice ; désir ; philosophie ; littérature
KEYWORDS : Anthropology ; Sacrifice ; Desire ; Philosophy ; Literature

RÉSUMÉ :
Cette section se propose de jeter un regard critique et réflexif sur la théorie générale de René Girard. Les critiques, positives ou négatives, se sont généralement focalisées sur une partie de sa démonstration seulement, ne prenant pas en compte sa théorie dans son intégralité. En effet, on oublie souvent que l’auteur ne traite pas seulement du sacrifice religieux, mais que sa théorie repose aussi sur l’idée d’un « désir mimétique ». D’après Girard, cette forme de désir, qui est le désir, crée les conditions pour que la violence aboutisse au meurtre rituel, puis au sacrifice. Toutefois cet aspect de la théorie, le « désir mimétique» que l’auteur systématise à partir de romans du XIXe siècle au point d’en faire un concept opérateur dans le champ de l’anthropologie, n’est pas entièrement convaincant puisqu’il repose sur une conception erronée de ce qu’est un « désir ». Au final, il semble que Girard, en tant que croyant et pratiquant catholique, ne se révèle pas tant dans l’aspect sacrificiel de la théorie que dans ce qui touche au désir. Il est nécessaire encore de souligner que tout phénomène de bouc émissaire résulte bien plus de la peur que d’un quelconque désir.

ABSTRACT :
This section offers a critical and reflexive reading of René Girard’s theories. Previous assessments, whether positive or negative, have focused on fragments of his theories rather than studying them as a coherent whole. It is argued here that to understand Girard’s thought one must conflate his discussion of sacrifice with his idea of a « mimetic desire ». According to Girard, this form of desire, which is the true desire, creates the necessary conditions for violence to become ritualized murder and eventually sacrifice. is aspect of the theory, however, culled from nineteenth-century novels and raised to the status of anthropological concept is not completely convincing insofar as it rests on a mistaken conception of what is a « desire ». Girard reveals himself as Catholic not so much in the sacrificial side of his theory as in his views of desire. It is moreover necessary to point out that any scapegoat phenomenon results more from fear than any desire.